Deux mots difficilement prononçables, une multitude de services derrière, des conseils à la pelle et des photos toujours plus délicieuses de maisons parfaitement rangées, où la vie semble avoir disparue.

Voilà l'image un peu caricaturale que nous avons de ce nouveau métier, devenu furieusement tendance en l'espace de cinq ans à peine.

Certains se demandent pourquoi un tel besoin d'hyper-contrôle de son habitation. D'autres parlent de ce nouvel art de vivre comme d'une drogue dure à laquelle on devient complètement accro après quelques séances de désencombrement.

Alors, pour démêler le vrai du faux, l'émotion de l'avant-après, les convictions du vécu, je pense qu'il est intéressant de remonter trois générations en arrière et d'observer les changements sociétaux qui ont eu des conséquences visibles sur le remplissage systématique de nos maisonnées et qui ont réveillé chez nous le besoin de faire du tri.

  

La génération 1 (les personnes nées entre les deux guerres) observe la génération 2 (les pré-retraités) de manière suspicieuse. -> Pourquoi leurs enfants vivent-ils dans des maisons si encombrées et pourquoi semblent-ils avoir sans cesse besoin d'acheter de nouveaux objets ?

La génération 3 (les trentenaires, enfants de la génération 2 et petits- enfants de la génération 1) observe leurs parents avec beaucoup de perplexité eux aussi. -> Pourquoi vivent-ils avec tant de contraintes et d'obligations et qu'attendent-ils pour se libérer de toutes ses possessions pour vivre plus librement ?

La génération 2 (les jeunes retraités) se sent coincée entre leurs enfants et leurs parents. -> Que faire de tous ces objets hérités dont la génération suivante ne veut plus et dont on se sent responsable malgré tout ?

Mais que s'est-il passé entre ces 3 générations pour qu'il y ait aujourd'hui de si grandes différences dans la manière d'appréhender son logement et son mode de vie ?

D'abord, il y a la société industrielle et le mode de consommation qui l'accompagne, qui est venue tout déséquilibrer.

Avant, on vivait avec une salle-à-manger durant 3 générations. Aujourd'hui, on change trois fois de salle-à-manger sur une seule génération. Nous remplissons nos habitations de biens de consommation, pour la plupart inutiles, de manière incroyable et ultra rapide.

-> Observez-vous sur le pas de votre porte... Qu'allez-vous encore faire rentrer de nouveau dans votre habitation aujourd'hui ?

  

Ensuite, il y a internet qui est venu chambouler tout un système, accélérer et faciliter les processus d'achat.

Même avec 39 de fièvre, allongé dans son canapé, on peut allègrement commander en ligne une paire de chaussures et se la faire livrer devant le pas de sa porte deux jours plus tard ! Ce nouvel outil nous asservit tous les jours un peu plus et nous fait perdre de vue l'essentiel.

-> Que de tentations, de temps perdu et d'achats possibles sur la toile qui viennent gonfler encore un peu plus le rang de nos possessions futiles et encombrantes.

Les modèles familiaux et le mode d'éducation ont bien changé aussi, et c'est tant mieux.

Tout est possible aujourd'hui et il n'est pas rare de rencontrer des enfants qui ont deux, voire trois chambres dans deux, voire trois maisons différentes : papa, maman, beau-papa, kots,...

Les enfants partent aux études et puis reviennent. Les enfants voyagent et puis reviennent. Et c'est la génération sandwiche qui se fait coincer entre les possessions de ses parents (devenus âgés et souvent déplacés vers des logements plus petits) et les possessions de ses propres enfants (qui n'ont pas les moyens de se loger dans quelques chose de grand et qui laissent sans scrupule une multitude d'objets en tout genre aux parents).

-> Que faire de toutes ces choses qui ne nous appartiennent pas, qu'on ne sait plus où stocker et qu'on n'ose pas éliminer ?

Et puis, il y a aussi cette société de loisirs dans laquelle nous vivons.

Il faut sans cesse sortir, aller au resto, se mater un film au cinéma, organiser des démos entre filles, participer à des cours de cuisine et de loisirs créatifs, apprendre de nouveaux sports,...

Tout est fait pour que vous passiez le minimum de temps chez vous et que vous y fassiez rentrer un maximum de matériels, d'accessoires, de notes, de prospectus,...

-> Plus on fait rentrer de choses chez soi, moins on a envie d'y rester ; plus on sort pour des activités de loisirs, plus on fait rentrer des choses nouvelles chez soi,... Un cercle vicieux duquel il est difficile de s'extraire !

On pourrait aussi parler des nouveaux modes de travail, de la course effrénée à l'augmentation, du temps perdu dans les bouchons toujours plus longs, de l'épuisement professionnel de plus en plus courant,...

Surcharge matérielle, émotionnelle et informative. Suractivité, agenda surchargé. Surmenage et épuisement. Surencombrement systématique de tous les espaces.

- Quand ce n'est pas le bureau qui est rempli de paperasses, c'est la boite mail qui explose. - Quand ce n'est pas le dressing qui vomit des vêtements, c'est le grenier qui croule sous des tonnes de caisses. - Quand ce n'est pas le garage dans lequel on ne sait plus rentrer la voiture, c'est la salle-de-jeux dans laquelle on ne sait plus mettre un pied.

   

Trop de tout, partout et c'est tout un système qui se détraque.

Les conjoints se disputent, les enfants perdent le fil, les bobos apparaissent, les idées noires surgissent, le patron se plaint, les absences se répètent, l'organisation part en vrille, les retards s'accumulent,...

Bref, il y a eu tant des changements brutaux, rapides et terriblement conséquents qu'un gouffre énorme s'est créé entre ces trois générations qui, de toute évidence, ne parlent plus le même langage.

-> La génération 1 a vécu la privation et la peur de manquer et donc conservé le peu qu'elle avait.

-> La génération 2 a vu ses parents tout conserver et a poursuivi ce mode de conservation dans une société de consommation naissante et florissante qui motive à acheter toujours plus, remplissant ainsi des maisons devenues trop petites et souvent agrandies par le biais d'annexes.

-> La génération 3, écœurée, préfère envoyer tout valser pour revenir à un mode vie plus libre, moins contraignant et plus proche de valeurs non-consuméristes.

Alors, croyez-moi, le Home Organising est bien plus qu'un simple effet de mode... C'est avant tout, la solution que l'homme a trouvé pour diminuer ce gouffre entre générations et adapter son habitation aux grands changements sociétaux du 20ème siècle.

Bien de l'eau coulera sous les ponts avant que l'art du désencombrement et du rangement ne disparaisse, car, bien des années encore il faudra pour poursuivre le travail de conscientisation de masse et le changement de mode de consommation imposé par ce système industriel, de plus en plus obsolète.

Bien des efforts il faudra encore fournir pour vider les milliers d'habitations des deux générations qui ont vécu avec l'habitude de désirer, d'acheter, de jeter puis de racheter de nouveaux biens.

Bien des mots seront encore couchés sur le papier avant que chacun revienne à la raison et fasse de son habitation, le cocon, le refuge, la base comme le faisait si bien nos lointains ancêtres.

Telle de la terre glaise, le Home Organising, prendra une forme sans cesse nouvelle, se laissera modeler par les nouveaux besoins exprimés et évoluera positivement vers un respect plus grand des nouvelles aspirations et souhaits de la génération 4, celle de nos enfants !

 

Élodie Wéry – Home organiser